Archives quotidiennes : 16/09/2021

©️ Ar Mor… La Mer…


croqueurs

Pour ce défi 253 chez les Crôqueurs de Môts, Jill bill propose, pour ce jeudi poésie 160921,

de mettre un poème en patois de notre choix

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AR MOR
(Kan eun emzivad)

(Yes Kerne*).

Me da gar, o môr don,
A iud evel eul lon
Pa c’houez ar gorventen !
Pa welan da c’hoummou
0 tired a dammou
Warzu d’am énézen !

Me gar da c’huannaden
0 tont war an aezen
Beteg va wele-kloz,
Hag ar soniou seder
A gannez er pellder,
En sioulder kun an noz.

Hag ivez, d’ar c’hreiste,
Me wel gant karanté
An heol sklerijennus,
Euz an oabren ledan,
0 tol e sklerder-tan
War da zour didrouzus.

Me da gar, o môr glas !…
Koulskoude, anken bras
Teuz lakeet em c’halon :
Meur a va zud karet
Ganiz zo bet skrapet
Hag a hun ‘na zour don.

Pe leac’h maont, holl va zud
Teuz-te lonket heb brud
Gand da veg didrue ?
Siwaz ! Du-ze, er mez,
Baleet heb divez,
Maont é leac’h oar Doue !

Ha me gleffe brema,
Gant va mouez ar c’hrenva
Da viliga bepred !
Hogen n’ellan, da vad,
P’ha welan o lipat
Réier m’énez karet.

Me da gar, me da gar !
Goaz z’é vid ma glac’har,
Ma c’hreiz, tav da c’hirvoud !
D’id ma c’halon, o môr !
Ha, mar kwitan Arvor,
Mervel a rinn heb out !

Yann-Ber Kalloc’h (dit « Bleimor »), in Un barde breton. Jean-Pierre Calloc’h – Bleimor. Sa vie et ses œuvres inédites, 1888-1917, par Paul Palaux ; Libr. Le Goaziou, Quimper, 1926.1903.

* Dialecte de Cornouailles.

Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est tempete-cote-du-finistere-henri-moret-1898.jpg

Tempête, côte du Finistère – Henri Moret – 1898

LA MER
(Chanson d’orphelin)

Je t’aime, ô mer profonde,
Qui hurles comme une bête,
Quand souffle l’ouragan
Quand je vois tes vagues,
Courir, par tronçons,
Du côté de mon île.

J’aime ta plainte,
Qui vient, sur la brise,
Jusqu’à mon lit-clos ;
Et les joyeuses sônes,
Que tu chantes dans le lointain,
Dans la douce paix de la nuit.

Et aussi, à midi,
Je vois avec amour,
Le soleil étincelant,
Du haut du large firmament,
Verser sa lumière de feu,
Sur ton onde silencieuse.

Je t’aime, ô mer bleue !
Et pourtant dans mon cœur,
Tu mis un grand chagrin :
Beaucoup parmi mes parents chéris,
Ont été emportés par toi,
Et dorment dans tes flots profonds.

Où sont-ils, tous les miens,
Que tu avalas obscurément,
De ta gueule sans pitié ?…
Hélas! Là-bas, au large,
Promenés sans fin par les vagues,
Ils sont Dieu sait où !

Et je devrais, à présent,
En grossissant ma voix,
Te maudire sans cesse,
Mais, tout de bon, je ne puis,
Quand je te vois lécher,
Les rochers de mon île chérie.

Je t’aime, je t’aime !
Tant pis, ma douleur,
J’étoufferai ton gémissement !
A toi mon cœur, ô mer,
Et si je quitte l’Armor,
Je mourrai sans toi !

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Yann-Ber Kalloc’h (dit « Bleimor »)

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© Annick 160921

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